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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 15:46

 

lors de son
intervention au Collège Officiel des Médecins de Barcelone, le 12 décembre
2009. Dans cette conférence, le Dr. Caycedo relate sa propre histoire en tant
que fondateur de la Sophrologie dans le Département de Psychiatrie de
l’Hôpital Provincial de Madrid.

Cet article nous offre la première partie de l'intervention du Professeur Alfonso
Caycedo au Collège Officiel des Médecins de Barcelone, le douze décembre
2009. Dans cette conférence, le Dr. Caycedo relate sa propre historicité en tant que
fondateur de la Sophrologie dans le Département de Psychiatrie de l’Hôpital
Provincial de Madrid. Il s’agit d’un document unique et de grande valeur pour la
Sophrologie.

J'ai eu l'idée de créer un mouvement scientifique qui apporterait des
réponses à la Médecine.

Tout d'abord, je tiens à remercier profondément la présence parmi nous du
Professeur Juan Jose López-Ibor Aliño, qui, parmi ses principales activités, en plus
d'être Président de l'Association Mondiale de Psychiatrie, est aussi Professeur à la
Chaire de Psychiatrie de l'Université de Madrid. C’est un homme intègre à tout point
de vue, fidèle à la science qu’il a héritée de son père et qu’il a transmise à tant d’élèves
à Madrid. Comme il vient de le dire, je l'ai connu lorsqu’il était jeune garçon et que
j’étais à l’époque collaborateur de son père.
Je souhaite aussi remercier la présence du Professeur Carlos Ballús qui, outre avoir
occupé le poste de Président de l'Association Européenne de Psychiatrie, a représenté
dignement la psychiatrie catalane pendant de nombreuses années, en tant que
Professeur à la Chaire de Psychiatrie de la Faculté de Médecine, ainsi que dans le
Service de Psychiatrie de l'Hôpital Clinique. Je lui dois d'importants moments qui ont
marqué notre amitié, ainsi que l'affection que je ressens pour la Catalogne et pour
Barcelone.

Sa présence parmi nous ainsi que celle du Professeur López Ibor représentent pour
moi, psychiatre classique, un profond symbole d’amitié. Je dois dire que si je
continue à être psychiatre, malgré tout, c’est parce que j'ai ouvert les portes du
monde qu’ils représentent si dignement à l'heure actuelle.

La présence, je le réitère, de ces deux maîtres de la psychiatrie, est très importante à

mes yeux ; elle me permet de me remémorer certains moments que nous avons
partagés, tels que l'hypnose que le Professeur Juan José vient d'évoquer et à laquelle
il assista lors d’une de mes expériences à la chaire de psychiatrie de Madrid.

Je souhaite aussi remercier Madame Magda Mata Font pour sa présence ici, elle qui
représente à la fois une Andorre jeune et pleine de valeurs, et la psychologie
européenne; elle s’est intéressée aux techniques sophrologiques à Toulouse, où elle
s'est formée. Ensuite, en Andorre, elle a continué à les pratiquer, et maintenant, en
tant que membre de l'équipe de Gouvernement, elle continue dignement à les
diffuser.

Tout ce qui a été dit ici est admirable. Ce qui me touche le plus, c’est la présence, le
témoignage, comme disent Natalia et Koen ; tout ce que vous êtes en train de faire est
de la phénoménologie pure. Même ceux qui parlent de statistiques font de la
phénoménologie et pourtant, la phénoménologie n'aime pas les statistiques. Ces
dernières ont une double valeur pour la phénoménologie : en premier lieu, la valeur
de leur signification-même ; ensuite, et de loin la plus importante, la valeur du
thérapeute qui a analysé ces statistiques.

Comment suis-je arrivé à la phénoménologie ?

La première fois que j’ai entendu parler de phénoménologie, ce fut par le père du
Professeur Juan José, ici présent. C’était dans le Service de Psychiatrie de l'Hôpital
Provincial de Madrid, actuellement Musée Reine Sofia, où j'ai créé la Sophrologie.

Il nous parlait de « la dimension allemande », si chère à de nombreux psychiatres
espagnols, et tout spécialement au Professeur López Ibor, et certainement à ses
enfants ; parmi eux, le Professeur Juan José. La psychiatrie allemande a été très
importante dans l'histoire de la médecine.
Le terme phénoménologie jetait une lumière sur ce que j’étais en train de vivre: le
Professeur Juan José, alors étudiant en psychologie, en première et deuxième années
de médecine, entrait imprégné de l’odeur des cadavres ; moi aussi, je me suis
imprégné de cette odeur dans cette même Faculté quelques années auparavant ; nous
avons pratiqué la dissection deux heures par jour pendant deux ans. J’ignore si cela
est encore le cas actuellement.

Pourquoi ai-je créé la Sophrologie?

Je vais vous expliquer les raisons pour lesquelles j'ai créé la Sophrologie et pourquoi
j’y ai été amené. C’est très simple:
Lorsque je suis entré comme élève interne à l'Hôpital Provincial, j’eus la chance d’être
accepté par le Professeur López Ibor, qui était déjà célèbre ; je suis entré en tant
qu’Interne dans son Service. Selon la tradition en ce qui concerne les internes, je me
suis vu obligé de m’occuper des tâches les moins agréables à l'hôpital, les moins
gratifiantes : les électrochocs et les comas insuliniques. Cela était fondamentalement
le travail que je devais assumer dans ce service.

C’était l'époque de l’après-guerre en Espagne; les électrochocs étaient très pénibles et
je devais en faire tous les jours; j’aidais aussi à provoquer les comas insuliniques. En
tant que jeune médecin récemment diplômé, je m’interrogeais sur le fondement de
tout cela dans le traitement des malades mentaux. Entre autres choses, nous faisions
également des cures de sommeil. J’ignore si les cures de sommeil se pratiquent

encore actuellement. Il y avait des salles, que nous appelions « Salles de Morphée »,
dans lesquelles tout le monde dormait. Car en Psychiatrie, étant donné le peu de
pharmacologie qui existait à l’époque, on utilisait uniquement certains barbituriques.

Pourquoi la thérapie cherchait-elle à mobiliser la conscience ?

J’appliquais un électrochoc le matin et très souvent, il n'y avait pas d'appareil, car il
était endommagé ; nous devions alors faire l’électrochoc sans appareil et administrer
le courant directement. Nous cherchions à provoquer la convulsion, ce que
j'appellerais un coma cinétique: la personne perdait conscience et commençait à avoir
des convulsions, ce qui en principe devait la libérer; heureusement, cette thérapie si
agressive avait souvent un résultat positif, ce qui justifiait son application.

Je me demandais aussi pourquoi nous cherchions à plonger les patients dans le coma
au moyen de l’insuline.
Pourquoi agissions-nous toujours sur la conscience ?
Pourquoi la conscience devait-elle être secouée pour obtenir la guérison? Mais enfin,
qu’est-ce que la conscience?
La réponse était très simple. La conscience est à la base de l'existence humaine.
Je devais donc étudier ce qu'est la conscience. Il y a une conscience philosophique et
une conscience religieuse, mais c’est la conscience vitale qui devient malade.

Qu'est-ce que la conscience ?

J'ai alors eu l'idée de créer un mouvement scientifique qui apporterait des réponses à
la Médecine. J'étais un médecin classique et je le suis toujours, mais j’étais frappé par
le fait qu’en médecine, on n'étudiait pas la conscience. On étudiait tout, sauf la
conscience. Pourquoi ? Durant mes sept années d’études de médecine à Madrid, on
n'a pas consacré une seule heure à l'étude de la conscience ; par contre, deux ans
étaient occupés à l’étude de l’anatomie à raison de deux heures par jour ; et pour ce
faire, nous travaillions sur des cadavres. La question était intéressante.

Je me suis alors dit que la seule chose à faire était que nous, jeunes médecins, nous
devions créer une Ecole qui puisse offrir l’étude de la conscience comme spécialité de
la Médecine.

J'ai alors cherché à nommer cette science et j’eus recours aux racines grecques pour
ce faire ; il me sembla que le nom SOPHROLOGIE était adéquat, agréable à entendre
et qu’il réunissait les conditions recherchées: Sos, Phren, Logos. SOPHROLOGIE.
C'était un terme opposé à la schizophrénie : schi rupture ; sos, harmonie, phren
esprit. Schizophrénie. Si la maladie la plus grave en psychiatrie est la rupture de la
conscience, pourquoi n’allions-nous pas créer une sophrologie,
une sophrénie? C’est cette intention qui justifia son nom.

Le Professeur López Ibor a autorisé la création du service ; nous conservons encore la
plaque qui y a été affichée:
« Département de Sophrologie et de Médecine Psychosomatique ». Il était nécessaire
de préciser «Psychosomatique».

Avec la création à Madrid d’un nouveau département dont l’objet était de faire des
recherches sur la conscience, nous nous vîmes obligés d’examiner tous les procédés
susceptibles d’agir sur la conscience.

A cette époque, en médecine et pas seulement dans ce domaine, l'hypnose était en
vogue. Il fallait donc étudier l'hypnose. Pour me former, je voulais remonter aux
sources. Je suis allé voir le Professeur Cuvelier, de l'École de Nancy, qui dirigeait une
vieille école d'hypnose médicale en France. A ses côtés, j’appris les techniques de
l'hypnose. Je suis rentré dans mon service à Madrid et là, nous avons commencé à
pratiquer l'hypnose.

C’est pour cette raison que j’ai l’habitude de dire que la Sophrologie a un long
parcours et une longue histoire. C’est pour cette raison que ceux qui m’ont connu à
cette époque, m’associent aux pratiques d’alors ; c’est pourquoi certaines personnes à
Madrid, pensent encore que la Sophrologie est une déviation de l’hypnose.

À l’époque, l'hypnose a été soumise à l'étude médicale et au contrôle par
l'électroencéphalogramme qui était alors la référence. Le sujet de la thèse de mon
doctorat traitait de l'électroencéphalo-gramme dans les cas de modification de la
conscience, du rôle de l'hypnose, de la relaxation de Schultz et des techniques que
nous pratiquions alors.

Dans le Service de Psychiatrie, il y avait un groupe de médecins catalans qui avaient
pratiqué l’hypnose pendant la guerre ; les techniques que j'avais créées les
intéressaient. Le Professeur Sarró m’a invité quelques années plus tard à collaborer
avec lui dans le Service de Neuropsychiatrie de l'Hôpital Clinique de Barcelone.

À mon retour d’Orient, nous y avons ouvert un Service de Sophrologie et de Médecine
Psychosomatique, comme celui que j'avais créé à Madrid. J’assistais aux séances
cliniques organisées par mes collègues du Service du Professeur Pedro Pons, et nous
partagions d'importants moments, quasiment toutes les semaines. C’est là que j'eus le
privilège de rencontrer le très jeune Professeur Ballús, qui travaillait dans le Service
du Professeur Pedro-Pons.

Je poursuivais mon idée de la Sophrologie en tant que science médicale de la
conscience.

Constatant mon intérêt pour ce sujet, le Professeur López Ibor m'a fait la proposition
suivante :
- « Pourquoi n’allez-vous pas en Suisse travailler avec Binswanger, qui est un des
créateurs de la Psychiatrie Phénoménologique et Existentielle ? Vous verrez le
concept de conscience tous les jours dans sa clinique ». Puis il a ajouté :
- « Nous sommes de bons amis. Je vais lui écrire et je lui expliquerai votre intérêt
pour le sujet. Et si vous le voulez, je lui proposerai de vous prendre comme médecin
psychiatre stagiaire, afin que vous puissiez faire un séjour dans sa clinique de
Kreuzlingen ».

J’étais impressionné car pour nous, le nom de Binswanger était un nom magique, un
des grands mythes de la psychiatrie de notre époque. Je lui demandai alors :
- « Binswanger est encore vivant ?
- « Oui, c'est le moment d'aller le rencontrer ».

C’est ainsi que, grâce au Professeur
López Ibor, j’ai pris contact avec la phénoménologie.
En Suisse, les choses n’avaient rien à voir avec ce qui se passait dans notre service à
Madrid. Dans cette clinique, l’approche du patient était totalement différente de celle

que nous avions en psychiatrie classique en Europe.

Durant ce séjour, j'eus la chance de travailler en relation étroite avec le Maître et
d’intégrer quelques connaissances relatives à la phénoménologie. Je pus apprendre et
comprendre l'art de la phénoménologie. Car ce qui est le plus difficile, c’est de la
comprendre.

Le Maître m'a accepté dans une sorte de dasein analyse de la phénoménologie. J’ai pu
faire un stage didactique avec lui, sur l'analyse existentielle qu'il avait créée. C’est
alors que mon thème principal a vu le jour.

Il m'a dit :
- « Vous voulez créer une science médicale de la conscience, parce que c’est votre idée
obsessive, n’est-ce-pas ? ».

Je lui répondis:
- « Ce n’est pas une idée obsessive ; mais en effet, c'est ce que j'aimerais faire. La
conscience mérite d'avoir une place dans les facultés de Médecine. Nous ne sommes
pas des vétérinaires ».

Il me dit alors:
- « On ne peut pas, de nos jours, connaître la conscience malade sur laquelle nous
travaillons à l'hôpital ».

C’était déjà un très grand pas que de se rendre compte de la richesse de la conscience
; nous n'avions pas besoin d'électrochocs ou de comas insuliniques; nous la voyions
dans le contact humain. C’était la présence, LA PRESENCE.
- « Ce que vous avez vu jusqu’à présent ne vous suffit pas ; vous avez besoin de voir
autre chose que la seule conscience malade, car celle-ci ne peut pas être décrite en
tant que conscience. Il en est de même pour ce que vous avez vu dans les traitements
par l’hypnose ».

Comment était-il possible d’approcher le monde oriental, sans le connaître et sans
aimer l’Orient ?
- « Je ne suis pas orientaliste ».
- « Vous devez vous y rendre et, comme phénoménologue, vous devez rendre visite à
ces orientaux, me dit-il ; parce qu'eux, ils savent. Ils connaissent la conscience mieux
que nous, les psychiatres d'Occident. Ils connaissent la conscience pure, la conscience
mystique. Ce sont des mystiques de la conscience. Vous rendez-vous compte ? Si
j'avais votre âge, j’irais sans hésiter.

- « Si vous voulez faire des recherches sur la conscience, c’est là-bas que la moitié de
l’humanité pratique des techniques, en ce moment-même et ceci, depuis des milliers
d'années. Vous n'avez pas besoin d'électroencéphalogramme. Parlez avec eux. Vivez
avec eux ».

J'étais alors jeune marié. Notre premier fils était né. Le frère ainé de Natalia, qui est
médecin lui aussi et se trouve en Amérique, est né à Kreuzlingen, dans la Clinique de
Binswanger. Et il était maintenant question de partir en voyage. Nous devions y aller.

Nous avons alors décidé de partir pour l’Inde. Au départ, nous avions projeté de faire
un voyage de six mois, qui semblait suffisant, mais ce voyage dura deux ans. Je n’y

suis pas resté plus longtemps parce que ma femme s’est trouvée de nouveau enceinte
alors que nous étions en Inde. Une enfant adorable était en route et sa vie courait
un risque dans ce lointain pays. Je ne pouvais pas prolonger notre séjour. Ma femme
est rentrée en France chez ses parents, et c’est à Lille que cette enfant est née. Elle
s’appelle Natalia.

Ce séjour en Inde fut fascinant : aller sur place et voir. C’est l’attitude-même du
collectionneur qui découvre un monde nouveau. Je collectionnais des idées sur la
conscience et en effet, l'Inde fourmille d'idées.

C’est la raison pour laquelle le livre que j'ai publié en Inde, est le résultat de l'effort
fait au cours de mes nombreux voyages à travers toute l'Inde qui me permirent de
découvrir les différentes sortes de yoga.
À la fin de mon séjour, j’ai publié mon livre « L’Inde des Yogis ». Je publie
actuellement quelques articles en rapport avec les Tibétains, car je les ai aussi
rencontrés. J’ai également connu les Japonais, dont les méthodes sont différentes.

A mon arrivé en Inde, je fus en premier attiré par tout ce qui est rocambolesque et
folklorique et déjà connu. Mais le but de mon voyage n’était pas le « folklore ». J’ai pu
aller directement à mon objectif, grâce aux médecins. J’ai contacté le professeur de la
chaire de psychiatrie de Delhi, le Dr. Austin qui était, curieusement, un grand
enthousiaste de la phénoménologie ; c’était un psychiatre hindou. Il m'a orienté en
me prévenant :

- « Attention, vous allez trouver ici tous les yogis que vous voulez. Ils vous
proposeront de vous vendre du yoga en tout genre, mais la majorité d’entre eux ne
sont pas de vrais yogis ; ce sont des gens qui cherchent à tromper les touristes. Les
véritables yogis ne vont pas vous recevoir si vous vous présentez en tant que
psychiatre ; ils vont vous demander ce que vous venez faire ici. Imaginez un instant
que moi, en ma qualité de psychiatre indien, je vais en occident, je me rends dans un
monastère bénédictin, et je demande aux moines l’autorisation d’y faire une étude sur
leur esprit en leur disant que je vais écrire un livre en Inde sur eux ; ils vous
claqueront la porte au nez ; ils ne vont pas vous prendre au sérieux. Par contre, ils
vous écouteront si vous êtes recommandé par des médecins Indiens. Et il en fut ainsi.

Au bout de deux ans, j'ai publié mes livres « India of Yogis » et « Letters of Silence »
(les lettres du Silence). Mon séjour prenait fin et ma femme avait rejoint sa famille
dans le nord de la France pour mettre Natalia au monde ; tenant compte des
conditions de vie en Inde, je préférais qu’elle naisse en France. J’envisageais mon
retour en Europe, mais je devais rester jusqu'à la publication de mes livres. Je tenais
à ce qu'ils soient publiés en Inde parce qu'il s’agissait de dialogues avec les Maîtres
de la plupart des différentes catégories de yoga. Je voulais que les grands Maîtres
puissent lire ces dialogues dans leur langue.

Pour ce faire, j’ai contacté les médecins Indiens, non seulement les psychiatres, mais
aussi les médecins qui utilisaient le yoga comme thérapie. Cela m'intéressait
beaucoup de voir comment ils l'appliquaient à des maladies respiratoires… Il y avait
des centres pour les cures d'asthme, à Lonavla, près de Poona, à Bombay. Tout ceci
était nouveau pour moi et il était fascinant de constater que ces médecins hindous
avaient choisi le yoga comme thérapie, alors que pour eux le yoga est sacré (il
représente le chemin vers la divinité). J’ai aimé cela et je me suis mis à l'étudier.

Le Dalaï-lama m'a présenté son médecin à Dharamsala, dans l’Himalaya. Je me suis
présenté comme étant un psychiatre occidental qui avait créé une technique, une
méthode, pour fonder une science médicale de la conscience. Cela leur a plu car la
conscience est le thème central de leur vie. Alors ils m’ont ouvert leur porte et m’ont
enseigné leurs techniques jusqu’à la limite autorisée, c'est-à-dire sans révéler certains
secrets. Ils ont été honnêtes avec moi.

Dans ce contexte, tenant compte du fait que je devais continuer mes recherches qui
n’avaient fait que commencer, je n’avais d’autre alternative que de revenir en Europe.

La plupart des personnes dont je parle dans mes livres vivent encore en Himalaya et
pratiquent toujours ces techniques; vous pouvez le constater par vous-mêmes si vous
le souhaitez. Ils sont là-bas, dans l’Himalaya; ils pratiquent des techniques
millénaires, dans une profonde concentration, tout en supportant le froid de
l’Himalaya. Il est évident que pour eux, cela fait partie de la réincarnation et de la
rencontre avec Dieu. C’est une technique mystique.

Par conséquent, je me devais d’étudier les choses à fond. Il s'agit-là d'une hyper
conscience, car pour pouvoir atteindre la divinité, les yogis doivent conquérir une
conscience supérieure; sans cela, la divinité indienne est cruelle: elle ne voudra pas
les accueillir et elle va les obliger à se réincarner. C’est leur croyance. Par conséquent,
leur pratique est une pratique à la vie ou à la mort, parce qu'ils veulent rejoindre la
divinité et éviter la réincarnation; pour eux, la réincarnation, c'est comme pour nous
le purgatoire. Alors, les techniques sont très pures et sont différentes les unes des
autres.

Je vous raconte tout cela un peu à titre anecdotique. Mais la question était pour moi
la suivante : Que se cache-t-il derrière le yoga ? Quelle est l’essence du yoga ?
Pourquoi ces changements dans certaines techniques, pourquoi certaines
percussions ? Le yoga commençait à se révéler à moi comme une conquête du corps,
une conquête obsessive du corps.
Je suis persuadé qu'il n’existe aucune fonction corporelle, physiologique, ou
psychique, qui n’ait été utilisée par une des différentes catégories de yoga. Toutes ces
catégories sont différentes ; il en est de même en ce qui concerne la façon de
pratiquer le yoga. Il s'agissait de percuter le corps…J’étais sidéré car moi, j’étais issu
d’une pensée phénoménologique en accord avec les enseignements du maître Juan
José López Ibor: le discours, l'explication, les valeurs de l'intuition, Max Scheller,
tous les grands phénoménologues. On achète des livres, on les lit et on ne les
comprend pas.

Mais là, c’est différent ; là, il s'agit de la technique; mais en quoi consiste-t-elle ?
Je vais donc commenter pour vous les principales techniques qui m'ont donné la
piste pour les méthodes que vous pratiquez. Je suis issu d'une conscience
phénoménologique spéculative occidentale. J’ai lu beaucoup de livres de Husserl.
Mon Maître Binswanger m'a initié à l'art de l'épochè avec les malades mentaux, mais
je ne possédais aucune technique; le corps n'existait pas; Tout comme en
psychanalyse, qui ne parle pas du corps; il n’y avait pas de techniques et il n’y en a
toujours pas; il y a peut-être une certaine gymnastique plus ou moins bien faite. Mais
cela n'est pas une prise de conscience de la corporalité.

Les Orientaux possédaient le secret de la prise de conscience, à différents niveaux.
Je me suis rendu compte qu’il y avait une technique reine, la plus importante qui est

reconnue par tous les yogis ; ils l’appellent le Raja Yoga, le Roi des Yogas. C’est le
yoga le plus important car c'est une espèce de fusion de plusieurs yogas, toujours
pratiqué sous la direction des Maîtres.

J’ai par conséquent dû me rendre en Hima-laya pour apprendre cette technique; dès
que possible, j’ai engagé des relations d’amitié avec les plus grands maîtres des
Ashrams qui sont des centres de yoga. J'ai eu la chance de devenir l’ami d’un des plus
importants swami, le Swami Chidananda qui m'a ouvert les portes dans toute l'Inde.
Il m'a parlé de ces yogis ; il m'a informé du fait qu'il n'existait pas de livre sur ce sujet
en Inde. Je croyais qu'il y avait une sorte de dictionnaire, ou un mode d'emploi, avec
lequel je pourrais arriver à les contacter ou apprendre leurs techniques, mais il n’y
avait rien de tout cela.

C’est peut-être la raison pour laquelle mon livre a eu autant de succès ; en Inde, on le
trouve encore dans les librairies. Grâce à mes nombreux voyages, j’ai pu décrire les
catégories de groupes, avec des noms, des dialogues, etc.

Ce yoga principal, pourquoi est-ce le plus important ? Pourquoi est-il « le roi des
yogas » alors que les autres catégories de yogas ne le sont pas ? Je ne vais pas en
parler maintenant car nous sommes pris par le temps.

Le Roi des Yogas possède une série de codes très puissants ; c’est la raison pour
laquelle, comme vous le savez, il y eut de graves problèmes politiques en Inde. Le
bouddhisme par exemple, a eu une grande importance parmi les hindouistes et le
yoga était monopolisé par la religion hindouiste. Mais les bouddhistes
n’appartiennent pas à la religion hindouiste ; ils ne vénèrent pas un aussi grand
nombre de divinités.

Des changements importants ont alors permis que le bouddhisme, qui est né en Inde,
se répande dans tout l’Orient : Il élimine les lois indiennes de tout genre, les divinités
indiennes, l'organisation politique indienne, tout est remis en question. Les
bouddhistes créent un nouveau système. Tout est détruit, mais la seule chose qu’ils
conservent, c’est la technique Dhyana ; cette technique est pratiquée dans le
bouddhisme tibétain et dans le bouddhisme en général. Ensuite, au Japon, ils vont
créer le Zen Japonais, qui est le yoga des hindous ; et là aussi on retrouve la
technique Dhyana.

La technique Dhyanaest la plus importante des techniques et des méthodes orientales
en général ; mais, dans la technique Dhyana, il est nécessaire de franchir la porte de
l’hyper conscience, d’avoir la clé qui l'ouvre. La porte pour dépasser cette conscience
ordinaire et pénétrer dans la conscience mystique, dans la super conscience dont ils
ont besoin pour être sauvés et rejoindre leur divinité, est appelée CONTEMPLATION.
Sans elle, il n'y a pas de grande catégorie de yoga ou de technique orientale, qu’elle
vienne de l'Inde, du Tibet ou du Japon. A mon arrivée au Japon, je rencontrai un
autre yoga. Les monastères japonais où l’on pratique le zen étaient différents ;
cependant, on y chantait les mêmes Mantras que les hindous, et l’on pratiquait la
contemplation qui, au fond, est la base; c’est la clé du processus.

Contempler. Une contemplation spéciale. Il ne s'agit pas d'une contemplation
mystique comme celle des occidentaux. Il s'agit d'une contemplation passive, une
contemplation de la constatation d'une présence. Le reste de la conscience est réduit ;
la personne contemple et évite tout genre d'associations. Ce n'était pas la

contemplation mystique de nos saints, teinte d’un aspect affectif. Ils s’orientaient vers
une contemplation radicale. Naturellement, je ne pouvais en aucun cas ignorer cela.
Ce qui a également attiré mon attention en Himalaya, c’est l'emploi du son. L'emploi
du son comme percussion corporelle ; J’étais sidéré. Mais pourquoi les grands
maîtres du yoga utilisaient-ils donc le son ?

Certains pratiquaient physiquement le son, d'autres activaient la perception du son,
ce qu’ils appellent le son OMKAR. Ils prenaient le son, système par système, dans les
différentes parties du corps, d’une certaine façon ; la manière dont ils percutaient et
la façon dont ils percevaient ensuite la stimulation, la récupération de cette
stimulation, était impressionnante.

Après avoir stimulé le corps, des millions de mécanismes autorégulateurs se
produisent et nous les dédaignons en Occident. Dans le sport, il ne faut pas être
fatigué et ne pas faire ceci ou cela. Non, ce n’est pas comme cela : Les orientaux
provoquent une certaine fatigue ; puis ils arrêtent et profitent de la pluie de
sentiments de récupération, de sensations vitales. C'est ainsi que la vie de l'homme
s’équilibre.

Et moi, en ma qualité de neurologue, je ne pouvais pas laisser passer cela.

De tout l'arsenal d'informations que j'ai accumulé, je ne vous parle que des choses les
plus importantes, celles que vous pratiquez, en particulier les élèves du Master. A
partir du deuxième cycle, nous commençons à utiliser le son, ce que j'appelle le MOI
SONORE.

 

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